Les mérites du mois de Cha’bân

Les savants ont dit que la racine linguistique du mot Cha’bân est « branche » car le mois de Cha’bân est une bifurcation qui mène à de nombreuses bonnes choses. Son rôle est comparable à celui d’un pont reliant les deux mois bénis que sont Rajab et Ramadan. Malgré cela, ce mois est souvent négligé. Le Messager d’Allah ﷺ nous en a informé lorsqu’il fut interrogé sur la raison de son jeûne durant ce mois ; ce à quoi il répondit : « Le mois qui se trouve entre Rajab et Ramadan est un mois que les gens négligent. C’est un mois au cours duquel les actions sont présentées devant le Seigneur de l’univers et j’aime être en état de jeûne lorsque mes œuvres Lui sont présentées ». [1]

Qu’est-ce que l’on entend par « les actions sont présentées » ? Les savants ont dit que cette présentation de nos actions à Allah est symbolique. Bien sûr, Allah est Omniscient et voit tout et n’a pas besoin que nos œuvres Lui soient présentées puisqu’Il en est constamment avertis. Toutefois, si l’esclave n’a pas conscience de la vigilance constante d’Allah, il devra alors au moins s’efforcer de faire de bonnes actions à des moments où ses œuvres Lui sont présentées. S’il est capable de gagner la satisfaction d’Allah pendant ces périodes, alors il pourra espérer qu’Allah fasse impasse sur les méfaits et les manquements qu’il aura commis à d’autres périodes. Nos œuvres sont présentées chaque jours (après le fajr et le ‘Asr), chaque semaines (le lundi et le jeudi), et chaque année (durant le mois de Cha`bân). Le Messager d’Allah ﷺ tenait à faire de bonnes œuvres pendant ces périodes précises et la Oumma doit être désireuse d’en faire autant.
L’une des plus grandes œuvres que nous pouvons faire pendant le mois de Cha’bân est de jeûner. Et c’est ce que le Prophète ﷺ aimait faire lorsque ses actions étaient présentées à Allah, le lundi et le jeudi mais aussi pendant le mois de Cha’bân. Sayyida ‘A’icha a dit du Prophète ﷺ : « Je ne l’ai pas vu jeûner autant que pendant le mois de Chabân ».»[2] Elle a également dit : « Le mois pendant lequel il aimait le plus jeûner était Cha`bân “. [3]. Ces deux hadiths se référent bien sûr au jeûne surérogatoire en dehors du Ramadan. Certains hadiths suggèrent qu’il jeûnait le mois entier de Cha’bân, bien qu’il y ait davantage de preuves indiquant qu’il jeûnait pendant la majorité du mois et délaisser quelques jours. Une question relative à son jeûne au cours du mois de Cha`bân fut une fois de plus posée au Prophète ﷺ qui répondit : « C’est le mois pendant lequel l’Ange de Mort note le nom de ceux dont il doit prendre l’âme durant l’année, donc je préférerais que mon nom soit noté alors que je jeûne ». [4]

L’une des sagesses qui se cache derrière le jeûne abondant du Messager d’Allah ﷺ pendant Cha`bân est mentionné par Sayyida ‘A’isha. Elle a rapporté que durant Cha`bân il ﷺ rattrapait tous les jeûnes surérogatoires qu’il avait manqué au cours de l’année. [5] A cette période, elle jeûnait avec lui pour rattraper quelques jours qu’elle avait manqué pendant Ramadan. [6] A partir de cela, nous apprenons l’importance de faire des actes surérogatoires que nous avons l’habitude d’effectuer, et aussi, la nécessité de rattraper tous les jours manqués du Ramadan précédant, avant son retour. Les savants ont également mentionné que le jeûne de Cha`bân (avant le mois de Ramadan) est comparable aux prières faites avant la prière obligatoire ; et que le jeûne de Shawwal (après Ramadan) est semblable aux prières surérogatoires effectuées après la prière obligatoire. Les actions surérogatoires permettent de compenser nos manquements dans les actes obligatoires effectués.

En dépit de tout cela, le Prophète ﷺ a également dit: « Une fois la première moitié de Cha’ban terminée, ne jeûnez pas »[ 7 ]. Les savants de l’école Shafi’ite ont compris d’après ce hadith que le jeûne surérogatoire durant la seconde moitié de Cha’bân est interdit, sauf dans certains cas. [ 8 ]. Les savants des autres écoles en ont cependant déduit qu’il n’y a pas d’interdiction relative au jeûne au cours de la seconde moitié du mois, mais qu’il est détesté de jeûner un jour ou deux avant Ramadan.

Nous avons parlé en détail du jeûne du mois de Cha’bân en raison du grand nombre de narrations sur le sujet. Même si nous pouvons jeûner les « jours blancs » [9] ou trois jours chaque mois, ce jeûne aura un grand effet.

 

Mise à part le jeûne, il est recommandé de prier sur le bien-aimé d’Allah de façon abondante. C’est durant ce mois qu’Allah qui a révélé le verset :

إِنَّ ٱللَّهَ وَمَلاَئِكَـتَهُ يُصَلُّونَ عَلَى ٱلنَّبِيِّ يٰأَيُّهَا ٱلَّذِينَ آمَنُواْ صَلُّواْ عَلَيْهِ وَسَلِّمُواْ   تَسْلِيماً

« Certes, Allah et Ses Anges prient sur le Prophète ; ô vous qui avez la foi, priez sur lui et adressez [lui] vos salutations » [ 10 ]

Cela est peut-être la raison pour laquelle le Prophète ﷺ a dit (dans le hadith suivant) que Sha`ban est son mois : ” Rajab est le mois d’Allah, Cha`bân est mon mois, et Ramadan est le mois de ma Oumma” [11]. Prier sur le Prophète ﷺ est l’un des meilleurs moyens de renforcer notre lien avec lui dans cette vie mais aussi dans l’autre, comme il nous en a informé : « Les gens les plus proches de moi au jour de la Résurrection seront ceux qui ont le plus prié sur moi ». [12]

 

Les premiers musulmans avaient aussi pour habitude de réciter le Coran en abondance pendant le mois de Cha`bân. Ceci, jumelé au jeûne, prépare de la meilleure façon au Ramadan, car le nafs a besoin de temps pour s’habituer à réaliser ces actes avec abondance. Si l’on y est déjà habitué avant Ramadan, ces actes permettront d’en faire davantage lorsque le mois débutera. C’est peut-être la raison pour laquelle l’Imam Abu Bakr al-Warraq a dit: “Pendant Rajab on sème les graines, pendant Cha`bân on les irrigue et pendant Ramadan, on récolte la moisson.”

Deux événements capitaux se sont produits pendant le mois de Cha`bân. Les savants de la Sira disent que ce fut le mois durant lequel la lune a été fendue pour le Messager d’Allah ﷺ. Ce fut aussi le mois où la Qibla (direction de la prière) est passée de Bayt al-Maqdis à Jérusalem à la Kaaba à La Mecque. Tandis que ces événements sont révolus, un événement important survient chaque année. Il s’agit de l’une des plus grandes nuits de l’année : la quinzième nuit de Cha`bân (Laylatul-bara’ah : la nuit de la délivrance du châtiment du Feu).

Nous terminons en demandant à Allah, tout comme le Prophète ﷺ le faisait:

اللَّهُمَّ بَارِكْ لَنَا في رَجَبٍ وَ شَعْبَانَ وَ بَلِّغْنا رَمَضَانَ
« O Allah! Bénisnous pour l’avènement de Rajab et de Cha’abân et fais-nous atteindre le mois de Ramadan ». [ 13 ]

 

[1] Rapporté par Ahmad et al-Nasa’i

[2] Rapporté par al-Bukhari et Muslim

[3] Rapporté par al-Nasa’i

[4] Rapporté par al-Haythami

[5] Tels que le jeûne du lundi et du jeudi et trois jours chaque mois, qu’une personne a pu être dispensé de jeûner à cause de la maladie ou en cas de voyage.

[6] Rapporté par al-Tabarani

[7] Rapporté par al-Tirmidhi, Ibn Majah, al-Hakim et Ibn Hibban

[8] Comme le cas de quelqu’un qui commence à jeûner pendant la première moitié du mois et a continué lors de la seconde moitié ; ou si quelqu’un a régulièrement jeûné le lundi au cours de l’année. Dans ces cas, il est permis de jeûner pendant la seconde moitié du mois. Rattraper son jeûne (qada ‘) est bien sûr permis, puisque l’on parle ici du jeûne surérogatoire.

[9] Les “Jours Blancs” sont les jours qui suivent les nuits de pleine lune, à savoir les 13e, 14e et 15e jours de chaque mois lunaire. Le Messager d’Allah ﷺ a encouragé ses compagnons à jeûner trois jours chaque mois et particulièrement ces jours. On considère le 15e jour comme faisant partie de la première moitié du mois. Par conséquent, selon l’école Shafi’ite, il n’y a pas d’interdiction à jeûner ce jour-là pendant le mois de Cha`bân.

[10] Al-Ahzab (33.56)

[11] Rapporté par al-Suyuti

[12] Rapporté par al-Tirmidhi et Ibn Hibban

[13] Rapporté par Ahmad

La notation ci-dessus a été compilée par Ustad Amin Buxton (Qu’Allah le récompense et le préserve lui ainsi que ses professeurs)