Guide exhaustif concernant la Awra de la Femme.

Pourriez-vous s’il vous plait m’expliquer en détail, ce qu’est la Awra d’une femme devant ses Mahram, devant les femmes musulmanes et les femmes non-musulmanes ? Si vous pouvez nous donner toutes les situations, cela serait bénéfique pour tous ceux qui sont dans la confusion.

Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux,

Cacher sa nudité (awra) est d’une importance capitale pour l’homme et la femme en l’Islam, c’est pourquoi le Coran et la Sunna ont mis un accent particulier sur ce sujet. Cela est visible également dans les livres de jurisprudence islamique (fiqh) qui traitent des questions relatives à la Awra des Hommes et des Femmes dans les moindres détails. Dans ce bref article, je vais essayer d’éclairer et d’expliquer en détail ce qu’est la Awra de la Femme.

Awra est un terme arabe, dont le pluriel est AWRAT. Linguistiquement, cela signifie un endroit caché et secret, la Awra d’une personne correspond à ce qui doit rester caché. Il se réfère également à tout ce qui fait honte quand il est exposé, ainsi, la Awra d’un individu est la zone du corps qui (normalement) provoque l’embarras si elle est exposée. (Ibn Manzur, Lisan al-Arab, 9/370).

Dans la terminologie de la jurisprudence islamique, Le terme Awra se réfère à la zone ou à la partie du corps qui doit être couverte avec des vêtements appropriés. En français, il est traduit par « nudité » ou « zone du corps qui doit être cachée ». Beaucoup de gens (notamment en Inde et au Pakistan) se réfèrent à lui par le terme « Satar ». Dans le but de faciliter le plus grand nombre, je vais utiliser le terme « Awra » dans cet article, Incha Allah.

La Awra de la femme

La awra d’une femme peut se diviser en 2 catégories :

1) La Awra dans la prière

2) La Awra en dehors de la prière

Cette dernière est ensuite divisée en sous-catégories plus détaillées :

a) Lors de l’isolement

b) Devant le mari

c) Devant des femmes musulmanes

d) Devant des hommes Mahram

e) Devant des hommes non-Mahram

f) Devant des femmes non-musulmanes

g) Devant des hommes mahram non-musulmans

1) Awra dans la prière (Salat)

La Awra d’une femme lors de la Salat se compose de l’ensemble du corps, sauf le visage, les mains et les pieds. Allah le Très Haut dit : « Ô enfants d’Adam, dans chaque lieu de Salat portez votre parure (vos habits). ». (Sourate al-Araf, 31).

La majorité des Compagnons (qu’Allah soit satisfait d’eux tous), leurs disciples (tabi’un), les juristes et exégètes du Coran ont déduit de ce verset (avec plus d’autres preuves) l’obligation de se couvrir la Awra dans la prière. (Voir: Abu Bakr ibn al-Arabi, Ahkam al-Qur’an, 4/205, Ma’arif al-Qur’an (en anglais), 3/565).

Sayyida Aisha (qu’Allah soit satisfait d’elle) rapporte que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) a dit : « Allah n’accepte pas la prière d’une femme qui éprouve des menstruations [qui a atteint la puberté] sauf avec un khimar”. (Sunan Abu Dawud, no. 641, Sunan Tirmidhi, Sunan Ibn Majah et d’autres).

Le grand juriste Hanafi, l’Imam al-Haskafi (qu’Allah lui fasse miséricorde) dit dans son célèbre Al-Durr al-Mukhtar : « La Awra d’une femme libre [et non pas d’une esclave de l’époque] comprend son corps entier, y compris ses cheveux lâchés selon l’opinion correcte, sauf le visage, les mains… et les pieds ». (Voir Radd al-Muhtar, 1/405).

Par conséquent, une femme doit se couvrir correctement lorsqu’elle accomplit la Salat. Tout, sauf le visage, les mains et les pieds doit être couvert. La tête doit être couverte correctement de sorte que les cheveux ne soient pas visibles. Aussi, il convient de veiller à ce qu’aucune partie au-dessous des poignets et des chevilles ne soit exposée.

Il faut rappeler que la Awra pendant la Salat doit être couverte indépendamment de la présence d’une autre personne, et indépendamment du fait qu’elle soit effectuée dans la lumière ou dans le noir. (Maraqi al-Falah, 210)

Les pieds, selon l’opinion la plus fiable, ne sont pas considérés comme faisant partie de la Awra. Cependant, à cause de la divergence d’opinion sur ce sujet, il serait plus prudent et conseillé de les couvrir, comme il sera expliqué en détail plus loin.

En ce qui concerne la zone située sous le menton, il faut se rappeler que la limite de la longueur du visage commence à partir de la racine des cheveux en général jusqu’au bas du menton, et en largeur de la partie se situant entre les deux oreilles. (Maraqi al-Falah, P. 58).

En gardant cela à l’esprit, il est évident que la zone située sous le menton n’est pas incluse dans le visage, donc elle relève de la définition autorisée de la Awra, il faut donc essayer de la couvrir. Cependant, à cause de la difficulté à couvrir cette zone, si une petite partie de celle-ci est exposée, cela ne devrait pas poser de problème.

Enfin, (dans cette partie), la Awra doit être cachée avant d’entrer dans la Salat et doit rester cachée jusqu’à la fin de celle-ci. Si le quart d’une partie/organe qui exige la dissimulation est exposée avant la Salat, la Salat ne sera pas valide dès le départ. Si toutefois, un quart de l’organe qui est inclus dans la Awra est exposé durant la Salat, puis, si cela dure le temps de prononcer Subhan Allah trois fois, la Salât sera invalidé, sinon, elle sera valide. (Voir : Maraqi al-Falah, P. 242).

(Note) Chacun devrait se conformer à une école de jurisprudence en ce qui concerne la façon dont les parties du corps sont classées et divisées, car parfois, on peut considérer un organe du corps comme une partie, alors que, juridiquement, il peut être considéré comme deux parties.

2) La Awra en dehors de la prière

a) Awra dans l’intimité et la solitude

Il est nécessaire (wajib) (et recommandé selon une autre opinion) dans l’école hanafite, de couvrir sa nudité au minimum entre le nombril et les genoux (pour les hommes et les femmes), même quand ils sont seuls. Exception faite à celui qui qui n’a pas le choix, comme pour prendre une douche, faire ses besoins, ou changer de vêtements. Même dans de telles situations, il est recommandé de réduire au minimum l’exposition.

Le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) a dit : «  La pudeur fait partie de la foi (iman) » (Sahih al-Bukhari et Sahih Muslim).

Ya’la ibn Umayya rapporte que le Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix) a dit : « En vérité, Allah est modeste et discret et Il aime la modestie et la discrétion. Quand l’un de vous prend un bain, il devrait se couvrir. » (Sunan Abu Dawud, Sunan Nasā’ī & Musnad Ahmad). Ceci est une recommandation quand on est seul.

L’imam al-Haskafi (qu’Allah lui fasse miséricorde) a dit dans son Durr al-Mukhtar :

« (Et le fait de couvrir sa Awra), ceci est une obligation générale, même quand on est seul, selon l’opinion correcte, à moins que ce soit pour une raison valable ».

Allama Ibn Abidin (qu’Allah lui fasse miséricorde) écrit tout en commentant dans son Radd al-Muhtar :

” (La déclaration d’al-Haskafi « Même quand il est seul ») signifie : En dehors de la prière, il est obligatoire de couvrir la Awra face aux autres par consensus des savants, et même quand on est seul selon l’opinion correcte …”

Maintenant, le sens apparent de se couvrir la Awra quand on est seul en dehors de la prière comprend uniquement ce qui est entre le nombril et les genoux, de sorte que même les femmes n’ont pas à couvrir autre chose que cette zone (quand elles sont seules) même si cette zone est une Awra devant les autres ….

(Déclaration d’al-Haskafi « Selon l’opinion correcte ») Même si Allah le très haut voit le couvert tout comme Il voit le nu, Il voit celui avec sa nudité découverte, comme une personne qui délaisse les bonnes manières et voit le couvert comme une personne qui présente de bonnes manières. Ces bonnes manières sont obligatoires chaque fois qu’il y a possibilité de les exercer.

(La déclaration d’al-Haskafi « A moins que ce soit pour une raison valable ») Comme le fait d’aller aux toilettes et faire sa toilette intime (istinja) “. (Voir: Radd al-Muhtar, 1/405, Matlab fi satr al-awra).

Par conséquent, (selon l’opinion la plus correcte), une femme doit se couvrir même en privée entre son nombril et les genoux (compris), sauf quand il y a un besoin, comme le soulagement, la douche, changer de vêtements, etc …

b) La Awra devant le mari

En principe, il est permis pour les conjoints de regarder n’importe quelle partie du corps de son partenaire. En tant que tel, il n’y a pas de Awra en face du conjoint (Sont donc exemptés les règles de dissimulation en privée en raison des besoins conjugaux).

Les écoles mentionnent toutefois, que bien qu’il soit permis aux conjoints de regarder n’importe quelle partie du corps du partenaire, il est détesté qu’ils soient entièrement nus pendant la cohabitation. Une couverture ou un drap sur les corps nus seraient suffisants.

Sayyida Aisha (qu’Allah soit satisfait d’elle) a dit : « Je n’ai jamais vu les parties privées du Messager d’Allah (qu’Allah le bénisse et lui accorde la paix)”. (Sunan Ibn Majah, Hadith no. 662).

c) La Awra devant des femmes musulmanes

La Awra d’une femme en face d’autres femmes musulmanes est la même que pour ce qui est de la Awra d’un homme en face d’autres hommes, à savoir à partir du nombril jusqu’aux genoux (compris).

Il est dit dans al-Hidaya :

« Une femme peut voir d’une autre femme [musulmane] ce qui est permis à un homme de voir d’un autre homme, parce qu’ils ont le même sexe, et qu’il n’y a normalement pas de désir (shahwa) entre eux … De même, à cause de la nécessité et des besoins de les exposer entre elles ». (Voir : al-Marghinani, Al-Hidaya, 4/461).

Par conséquent, une femme doit se couvrir du nombril jusqu’aux genoux (compris) devant d’autres femmes musulmanes.

d) la Awra devant les Mahrams (musulmans) (proches avec qui le mariage n’est pas possible) :

La Awra d’une femme devant ces Mahrams hommes (ceux avec qui le mariage est définitivement illégal/illicite) comme le père, le frère, le fils, l’oncle paternel, l’oncle maternel, le beau-père, le petit fils, le fils du mari (d’un autre mariage) le beau-fils etc.… comprend la zone qui se trouve entre le nombril et les genoux.

Ainsi, il sera permis pour une femme de montrer les parties suivantes de son corps devant les Mahrams hommes : la tête, les cheveux, le visage, le cou, le buste, les épaules, les mains, les avant-bras, et les jambes à partir des genoux. Par contre il ne sera pas permis de montrer le ventre, l’arrière de n’importe quelle zone se trouvant entre nombril et les genoux. (Voir : al-Fatawa al-Hindiyya, 5/328 et al- Hidaya, 4/461),

Cette règle trouve son origine dans le verset du Coran dans Surat al-Nur

« Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît et qu’elles rabattent leur voile sur leurs poitrines ; et qu’elles ne montrent leurs atouts qu’à leurs maris, ou à leurs pères, ou aux pères de leurs maris, ou à leurs fils, ou aux fils de leurs maris, ou à leurs frères, ou aux fils de leurs frères, ou aux fils de leurs sœurs, ou aux femmes musulmanes… » (24-31)

Il sera aussi permis à un Mahram de toucher les parties du corps qu’il est possible d’exposer pour la femme, puisqu’il n’y a (normalement) pas de risque de désir ou de tentation.

L’imam al-Quduri (Qu’Allah lui fasse Miséricorde) déclare : « Il n’y a pas de mal à toucher les parties qu’il est permis de voir » (Mukhtasar al-Quduri)

Néanmoins, on doit se rappeler que s’il y a un risque de tentation (fitna), alors il ne sera pas permis de montrer ces parties même devant les Mahrams, il ne sera pas non plus permis de voir ou de toucher ces mêmes parties du corps du Mahram (voir al-Lubab fi Sharh al-Kitab, 3/218).

e) La Awra devant les hommes non Mahram

La Awra devant les hommes non Mahram (ceux avec qui le mariage est légal), c’est à dire les cousins, les beaux frères, les oncles paternel (le mari de la tante du côté du père), l’oncle maternel (le mari de la sœur de la mère), les oncles du mari, les neveux du mari etc… Comprend tout le corps sauf le visage, les mains, et les pieds. Comme lors de la prière.

L’imam al-Marghinani (Qu’Allah lui fasse Miséricorde) déclare :

« Il n’est pas permis pour un homme de voir le corps d’une femme pour laquelle il n’est pas Mahram (puisque c’est considéré comme une Awra) excepté le visage et les mains, Allah le Très Haut dit dans Sourat Al-Nur « Et dis aux croyantes de baisser leurs regards, de garder leur chasteté, et de ne montrer de leurs atours que ce qui en paraît… ».

Les compagnons Sayyiduna Ali et Sayyiduna Ibn Abbas qu’Allah les Agrée ont interprété ce verset par « le visage et les mains ». C’est donc une preuve textuelle de l’interdiction pour un non Mahram de voir les pieds d’une femme (puisque c’est une Awra), par contre l’imam Abu Hanifa (qu’Allah lui fasse Miséricorde) a dit qu’il était permis de voir les pieds en raison d’une nécessité/d’un besoin (al-Hidaya, 4/458).

L’Imam al-Tumurtashi (qu’Allah lui fasse Miséricorde) déclare dans Tanwir al-Absar :

« La Awra d’une femme comprend tout son corps sauf son visage, ses mains et ses pieds. Par contre, elle devra éviter de montrer son visage lorsqu’elle se trouve parmi les hommes par peur de tentation (fitna) ».

Par conséquent, la Awra d’une femme devant un homme non Mahram comprend tout son corps à l’exception du visage, des mains et des pieds.

Ici on remarque qu’il y a une différence entre la Awra et le Niqab. En raison d’une incapacité à distinguer entre les deux, beaucoup de personne interprètent mal les lois Islamique d’une façon ou d’une autre.

D’après les savants, le visage ne fait pas parti de la Awra, cependant, comme on l’a vu dans le texte de l’Imam al-Tumurtashi, il sera nécessaire de le couvrir pour éviter toute forme de désir ou de tentation Ibn Abidin déclare : « une jeune femme ne pourra pas montrer son visage, non pas parce que c’est une partie de la Awra mais plutôt par peur de la tentation (Radd al-Muhtar, 1/406).

Ainsi, notre débat concerne seulement la Awra, et non le Hijab ou le Niqab. En ce qui concerne les décisions qui traitent du fait de se couvrir le visage ou autre, on laissera cela pour une autre fois.

Une autre chose a le mérite d’être mentionné ici. En effet, même si l’avis de la Fatwa dans le Madhab Hanafite stipule que les pieds ne sont pas inclus dans la zone de la Awra, il s’avère qu’il y a un avis tranché (dans ce Madhab et dans d’autres Madhabs comme l’école Shafi’i), affirmant qu’ils font partie de la Awra et que par conséquent ils doivent être couverts. De ce fait, juridiquement, quelqu’un ne sera pas pécheur pour les avoir exposé, mais par mesure de sécurité il est conseillé de les couvrir.

De plus (selon l’avis de la Fatwa). Il est seulement autorisé de découvrir les pieds jusqu’aux chevilles. Tout ce qui est au-dessus des chevilles fait sans aucun doute parti de la Awra. Beaucoup de femmes portent des voiles, des burquas, et des jilbabs qui normalement couvrent les chevilles, mais découvrent une jambe en marchant (et plus particulièrement lorsqu’il y a du vent, ou lorsqu’elles s’assoient ou sortent de la voiture etc.…). Ainsi elles commettent le péché de montrer ce qui est considéré par tous comme une Awra.

Par conséquent on doit souligner ici l’importance de se couvrir les pieds. Couvrir les pieds est aussi important que de se couvrir le visage si ce n’est plus, malgré le fait que le visage ne soit pas considéré comme faisant parti de la Awra, et malgré un avis tranché dans le Madhab Hanafi (et l’avis de la Fatwa dans d’autres Madhabs).

Ceux qui insistent fortement sur la nécessité de couvrir le visage (non pas que je sois contre eux) doivent se rendre compte que les pieds sont autant importants. Parfois, tout l’accent est mis sur le visage, même si la femme est vue en train de marcher avec la zone au-dessus de la cheville découverte sans se rendre compte qu’un péché est commis.

f) Awra devant des femmes non-musulmanes

La Awra d’une femme musulmane devant des femmes non-musulmanes est, à proprement parler, la même que celle face des hommes non-mahram, à savoir le corps entier excepté les mains, le visage et les pieds.

Le verset de la sourate al-Nur que nous avons cité plus haut détaille la liste des personnes en plus devant qui une femme n’a pas le droit d’exposer sa beauté. Ces personnes (comme expliqué plus haut) sont connues pour être ses Mahrams (proches avec qui il n’est pas permis de se marier). En outre, dans ce verset, Allah Tout-Puissant dit : « leurs femmes » (al-Nur, 31) indiquant qu’une femme ne doit s’exposer qu’à ses femmes et pas à d’autres.

Les exégètes du Coran diffèrent en ce qui concerne l’interprétation de cette déclaration d’Allah. Imam Fakhr al-Din al-Razi (qu’Allah lui fasse miséricorde) déclare :

En ce qui concerne la déclaration d’Allah « ou leurs femmes », il y a deux opinions. La première est qu’il se réfère à ces femmes qui sont sur la même religion (din) comme elles [à savoir Les musulmanes]. Telle est l’opinion de la majorité des prédécesseurs (salaf). Ibn Abbas (qu’Allah soit satisfait de lui) dit : « Il est inadmissible pour une croyante (femme musulmane) de se découvrir devant des femmes non-musulmanes, elle ne peut exposer que ce qui est autorisé de montrer face à des hommes non-mahram… Sayyiduna Umar ibn al-Khattab (qu’Allah soit satisfait de lui) a écrit à Abu Ubaida ibn al-Jarrah (qu’Allah soit satisfait de lui) pour interdire aux femmes non-musulmanes d’entrer dans les zones de bain (hammam) avec les femmes musulmanes.

La seconde opinion stipule qu’il se réfère à toutes les femmes [c’est-à-dire qu’elle peut se découvrir en face de toutes les femmes]. Telle est l’opinion adoptée, et l’avis des prédécesseurs est basée sur la supériorité (istihbab) “. (Voir: Tafsir al-Kabir, 8/365).

Comme nous l’avons vu, l’Imam al-Razi (qu’Allah lui fasse miséricorde) a adopté le second point de vue quant au fait qu’une femme peut se découvrir devant des femmes non-musulmanes dans la mesure de ce qui lui est permis de découvrir devant des hommes mahram.

Cependant, plusieurs écoles ont choisi la première opinion, et c’est le point de vue qui est adopté par l’École Hanafite. Imam al-Haskafi (qu’Allah lui fasse miséricorde) déclare :

« Une femme incroyante est semblable à un homme non-Mahram selon l’opinion correcte. Ainsi, elle ne peut pas voir le corps d’une femme musulmane ». (Radd al-Muhtar, 6/371).

Allama Ibn Abidin (qu’Allah lui fasse miséricorde) explique :

« Il est inadmissible pour une femme musulmane de se découvrir face à un juif, un chrétien ou une femme athée … Il est également détesté qu’une femme corrompue (fasiqa) voit le corps d’une femme pieuse, car elle peut la décrire aux hommes, ainsi, elle devrait éviter d’enlever son vêtement extérieur (jilbab) ou son foulard (khimar) “. (Ibid).

Il est évident, à partir du texte d’Ibn Abidin, que la principale raison expliquant l’illicéité de se découvrir face à une femme non-musulmane est qu’elle peut la décrire à d’autres hommes. Si cela est aussi à craindre d’une femme musulmane, alors on devra éviter de se découvrir devant elle aussi.

Par conséquent, la Awra d’une femme devant des femmes non-musulmanes comprend tout son corps sauf son visage, ses mains et ses pieds. Ainsi, une femme devrait se couvrir devant des femmes non-musulmanes chaque fois que cela est raisonnablement possible. Cependant, les écoles disent que si cela est difficile, alors il sera permis d’exposer des parties du corps devant elles.

La règle de se couvrir devant des femmes non musulmanes n’est pas aussi stricte que les autres situations, car, d’une part, il y a une différence d’opinion entre les savants concernant ce sujet ; et d’autre part, il peut être parfois très difficile de se couvrir face aux femmes. Le grand exégète, l’Imam al-Alusi (qu’Allah lui fasse miséricorde) déclare :

« Cette opinion (de ne pas se couvrir devant des femmes non musulmanes) est plus approprié ces jours-ci, car il est presque impossible de se couvrir face à elles ». (Ruh al-Maani).

En conclusion, une femme devra essayer et se couvrir chaque fois que cela est raisonnablement possible devant des femmes non musulmanes, surtout lorsque l’on craint qu’elle puisse la décrire à d’autres hommes par la suite. Cependant, s’il est difficile de se couvrir entièrement, alors on peut faire la concession de ne pas se couvrir, mais en réduisant cette zone au minimum.

g) La Awra en face des Mahram non-musulmans

En ce qui concerne la Awra d’une femme face à ses Mahram non-musulmans, comme un père, un frère, un fils, etc, je ne pourrais pas trouver un avis explicite sur la question pour l’École Hanafite.

Cependant, il semble que les Mahram non-musulmans sont semblables aux autres Mahram en ce qu’une femme puisse s’exposer devant eux, la partie entre le nombril et les genoux, le ventre et le dos, à condition qu’il n’y ait pas à craindre une tentation (fitna).

Il y a deux raisons à cela :

Tout d’abord, le verset du Coran et les déclarations des juristes (fuqaha) quant au sujet des Mahram, ne font pas de distinction pas entre un Mahram non-musulman et un Mahram musulman. Le Coran permet à une femme de s’exposer (comme expliqué ci-dessus) en face de son père, frère, fils, etc, sans préciser qu’il soit musulman ou non.

Deuxièmement, les Fuqaha mentionnent explicitement qu’un Mahram avec lequel une femme peut voyager pour le pèlerinage comprend également le non-musulman. L’Imam al-Haskafi (qu’Allah lui fasse miséricorde) déclare :

« Une femme peut voyager pour le Hajj avec son mari ou un mahram, même s’il (le mahram) est un esclave ou un non-musulman ou (s’il est considéré comme un Mahram) en raison de l’allaitement maternel. Il doit avoir atteint la puberté et être sain d’esprit, et un garçon qui est proche de la puberté est comme celui qui a atteint la puberté, à l’exception d’un adorateur du feu et d’une personne immorale et corrompue ».

Allama Ibn Abidin (qu’Allah lui fasse miséricorde) explique :

« La raison pour laquelle voyager avec un Mahram qui est un adorateur du feu est inadmissible, est qu’ils (les adorateurs du feu) considèrent le mariage avec un proche comme étant licite”. (Radd al-Muhtar, 2/464)

Imam al-Kasani (qu’Allah lui fasse miséricorde) déclare:

« Un Mahram est celui avec qui le mariage est totalement illicite … que ce Mahram soit une personne libre ou esclave, le statut d’esclave n’est pas contraire à la relation de proche (de mahramiyya), qu’il soit musulman, non-musulman ou athée (polythéiste), pour un Mahram non-musulman elle se protège normalement, sauf s’il est un adorateur du feu, car ils considèrent le mariage avec elle comme étant licite ». (Badai’i al-Sana’i, 2/124).

Il est dit dans Fath al-Qadir :

« Il est permis pour elle de voyager avec tous types de Mahram sauf un adorateur du feu, car il pense que le mariage avec elle est autorisé ». (Ibn al-Humam, Fath al-Qadir, 2/422).

Dans le madhhab Shafi’i, nous avons un texte clair autorisant le dévoilement face à un Mahram non-musulman. Imam Ibn Hajar al-Haytami (qu’Allah lui fasse miséricorde) déclare :

« Il est interdit de regarder ce qui se trouve entre le nombril et les genoux d’un proche (mahram); tout le reste est permis, à condition qu’il n’y ait pas de désir (shahwah), et même s’il est un non-musulman, parce que la relation de proximité (mahramiyyah) rend le mariage illégal, c’est donc comme s’il s’agissait de deux hommes ou de deux femmes “. (Tuhfat al-Muhtaj ala al-Minhaj)

Par conséquent, il est permis à une femme de se dévoiler face à son Mahram non-musulman à l’exception de la zone située entre le nombril et les genoux, et le ventre et le dos. Pour cela, deux conditions doivent être remplies :

1) Qu’il n’y ait aucun désir (shahwa) ou aucune peur de l’obscénité (fitna),

2) Que le non-musulman ne soit pas parmi ceux qui croient qu’il est permis de se marier avec des proches.

Pour finir, je voudrais mentionner une dernière chose en trois points :

Tout d’abord, il convient de rappeler que toutes les parties du corps qui doivent être couvertes (dans les différentes situations évoquées ci-dessus) doivent être recouvertes de vêtements qui sont amples et opaques. Les vêtements ne doivent pas être serrés de sorte que la forme du corps soit visible ou transparents auquel cas la couleur du corps est visible. Si cela n’est pas respecté, alors cela ne sera pas considéré comme une couverture suffisante de la Awra.

Imam al-Haskafi (qu’Allah lui fasse miséricorde) déclare:

« Les vêtements qui sont considérés comme étant des couvertures suffisantes, sont tels qu’il est impossible de voir à travers eux ».

Allama Ibn Abidin (qu’Allah lui fasse miséricorde) explique :

« (Il est impossible d’y voir à travers), autrement dit, cela signifie que la couleur de la peau ne doit pas être visible. Ceci exclue donc les vêtements fins et autres vêtements transparents … Toutefois, si le vêtement est épais de sorte que la couleur de la peau n’est pas visible, mais près du corps, alors cela ne devrait pas empêcher la validité de la Salat … Cependant, voir cette partie du corps reste inadmissible ». (Voir: Radd al-Muhtar ala al-Durr al-Mukhtar, 1/410)

Cet extrait d’Ibn Abidin explique que si la peau du corps devient visible lors de la prière, la salat deviendra invalide. Cependant, les vêtements serrés ne sont pas un annulatif de la prière, mais il reste nécessaire de ne pas porter de vêtements moulants.

Deuxièmement, dans toutes les cas précédents où il est permis de découvrir et d’exposer le corps, s’il y a une crainte de désir (shahwa) de chaque côté ou s’il y a une tentation (fitna), alors il sera nécessaire de se couvrir. Une femme peut prendre cette décision elle-même en conformité avec l’environnement dans lequel elle est.

En troisième lieu, il sera permis de découvrir et d’exposer les parties de la Awra en cas d’extrême besoin et de nécessité, tels que les traitements. Cependant, il faut veiller à ce que cela se limite à la seule partie qui a besoin du traitement. Si un traitement est nécessaire sur les parties intimes à proprement parler, alors il serait préférable de recevoir un traitement d’une personne du même sexe. Toutefois, si cela est impossible, il est autorisé de recevoir un traitement par un spécialiste du sexe opposé, en prenant en considération les ordres et les conseils de la Charia.

Allama Ibn Abidin (qu’Allah lui fasse miséricorde) déclare :

« Il est permis à un médecin de sexe masculin de voir la zone affectée d’une femme dans le but de la soigner, à condition qu’il se limite à la seule zone qui a réellement besoin d’être traitée, car cela ne doit être fait que par nécéssité réelle. S’il faut soigner les parties intimes, alors une femme doit exécuter le traitement, puisque voir quelqu’un du même sexe est d’un moindre mal ». (Radd al-Muhtar, 5/261)

Ce qui précède est un aperçu complet de la Awra de la femme. L’étendue de la Awra diffère d’une situation à une autre et d’une personne à une autre. Le concept entier et l’idée qui se cache derrière cela est que l’Islam veut pour ses adeptes la chasteté et l’éloignement de tout type de corruption et d’immoralité. Ceci est une base pour toutes sociétés saines et pures. Puisse Allah nous guider tous vers le droit chemin, et que nous soyons en mesure d’agir selon la loi divine d’une manière qui est la plus agréable à Allah Tout-Puissant.

Et Allah sait mieux

[Mufti] Muhammad ibn Adam

Darul Iftaa

Leicester, Royaume-Uni