Tiré, avec de petites modifications, du magazine « The Intellect » (publié à Karachi, Pakistan), avec la permission de l’interviewée et du Saykh Mufti Taqi Usmani. (Muhammad Ibn Adam)

Question : Le shaykh Mufti Taqi Usmani a passé sa vie entière au service de l’Islam avec des efforts constants et un travail acharné. Pour réussir tout ceci, mashaAllah, il doit avoir un soutien à la maison. Pouvez-vous gracieusement partager avec nous votre manière de l’aider ?

Epouse de MTU : Depuis le premier jour de notre mariage, j’ai décidé, avec l’intention de gagner des récompenses, que je prendrai toutes les responsabilités liées au foyer pour que Shaykh puisse complètement se concentrer sur l’effort de la religion. De cette façon, j’espère avoir aussi une part de la récompense de cet effort. Pour cela, j’essaie de ne pas seulement contribuer à l’ambiance religieuse du foyer (par exemple en ne l’engageant pas dans des conversations futiles), mais aussi de ne pas l’embêter avec les affaires du foyer : cela va de s’occuper des courses à acheter des affaires personnelles comme les vêtements etc. J’essaie de résoudre moi-même les grands et petits problèmes du foyer, par exemple, réparer un téléphone cassé. Même si les enfants étaient petits, j’essayais de m’assurer que Shaykh ne soit pas dérangé par les problèmes habituels des enfants de leur âge.

Je voudrais aussi mentionner ici que j’ai été béni par Allah Le Très Haut avec une des épouses les plus attentionnées, qui m’a toujours loti du meilleur environnement mondain et religieux à la maison. Je ressens un bonheur total, al hamduliLlah.

Question : Shaykh voyage fréquemment à l’étranger. Avez-vous eu la chance de voyager avec lui ? Si oui, que faites-vous lorsqu’il est occupé par des réunions officielles, du travail etc ?

Épouse de MTU : Je voyage très souvent avec Shaykh. En fait, je l’ai accompagné dans beaucoup de tournées à l’étranger. Généralement, lorsque nous embarquons dans l’avion, il commence à travailler sur son ordinateur et continue jusqu’à ce que l’avion arrive à destination. Pendant ce temps, je m’occupe en complétant mon dhikh quotidien (ma’mulat/wird) pendant le voyage. A l’hôtel, Shaykh procède à ses activités officielles, et j’ouvre le Saint Quran pour réciter, lire la traduction etc. D’ailleurs, j’aime lire. A la maison, lorsque l’un est occupé avec les affaires du foyer, l’autre n’a pas assez de temps pour lire avec concentration. Donc lors de ces voyages, j’assouvis mes désirs de lecture (avec concentration). Récemment, j’essayais d’apprendre l’arabe, j’ai donc ouvert mes livres en arabe et j’essayai d’étudier. Quand Shaykh venait dans la chambre pour le repas, j’en profitais pour lui montrer quelque chose que je n’avais pas compris.

Je ne suis pas très fan de sorties ou de shopping, donc même si beaucoup de femmes aimeraient me voir à travers la ville, je préfère rester à l’hôtel et suivre ma routine. A l’heuredu Fajr, Saykh et moi allons toujours marcher une demi-heure ensemble, peu importe où nous sommes. Le soir, même quand je suis à la maison, je complète ma demi-heure de marche du soir sur un tapis de course en récitant au moins un Juz du Saint Quran.

Pendant les tournées, lorsque le travail officiel est terminé, Shaykh ajoute souvent un jour en plus au voyage pour mon plaisir, pour me montrer différents endroits de la ville.

Question : Quand les enfants grandissent, les femmes de la maison prennent un peu de temps libre qu’elles peuvent passer comme elles le veulent. Comment utilisez-vous ce temps et comment passez-vous une journée normale ?

Épouse de MTU : Tous les dimanches, je donne une conférence aux femmes professeures et membres du staff de la Hira Fondation School (l’école hybride qui a mis en place le système éducatif de Cambridge allié à l’apprentissage religieux dans les locaux du Dar-ul-Uloom de Karachi), dans lesquelles je me base sur le livre de Shaykh Islahi Khutbat. Je fais aussi fréquemment des visites surprises à l’école pour vérifier son bon fonctionnement.

En ce qui concerne ma routine quotidienne  (qui est alignée à celle de Shaykh pour lui donner un confort maximal), elle se déroule le plus souvent comme cela : après le Fajr, nous allons marcher ensemble, ensuite nous prenons notre petit-déjeuner à 7h30. Shaykh procède ensuite à son cours de 8h à 10h dans lequel il enseigne Sahih al-Bukhari, pendant que je me consacre aux tâches ménagères. Il rentre à la maison à 10h ; et il travaille jusqu’à 12h sur son ordinateur (écriture de livres, etc). De 12h à 14h, il est en consultation dans son bureau. Après la prière de Dhohr, aux alentours de 14h15, nous prenons notre repas ensemble, et nous nous reposons pendant une demi-heure voire une heure (jusqu’à environ 15h30). De 15h30 jusqu’au Asr, il retourne dans son bureau où des professeurs, élèves et autres ont l’occasion de le consulter. Entre l’Asr et Maghreb, c’est un moment consacré à la famille. Nous nous asseyons tous ensemble et discutons de toutes les questions intéressantes. Du Maghrib au Isha, il se consacre à son travail personnel, par exemple s’il travaille sur un livre, alors il sera occupé à écrire, faire des recherches, etc. Après le dîner, nous nous asseyons tous pendant 10-15 minutes, pendant lesquelles Shaykh lis un extrait de livre. Les petits-enfants doivent aussi assister à cette séance de lecture. Après cela, il retourne encore au travail avant d’aller se coucher à minuit.

Question : Qu’est-ce qu’il est nécessaire d’approfondir dans notre travail de réformation vis-à-vis des femmes ?

Épouse de MTU : Tout d’abord, il faut mettre en place plus de rassemblements fréquents de lecture pour les femmes, dans lesquels les paroles des pieux prédécesseurs sont lues. Plus les femmes les écouteront, plus cela aura d’impact, non seulement en apportant un changement graduel en elles, mais cela aura également un impact positif sur leurs enfants et leur foyer.

Deuxièmement, notre approche de la réformation ne devrait pas être quelque chose d’offensif voir même direct. Nous ne devrions pas réprimander l’autre car cela pourrait l’irriter, et au lieu d’accepter le bon conseil, elle pourrait avoir une mauvaise réaction. Nous devons indirectement essayer de faire comprendre aux gens les vices répandus en les invitant à des rassemblements religieux. Par exemple, si une femme est occupée à élever ses enfants à la maison et qu’elle est intéressée par l’effort de la da’wah ou qu’elle est peinée par quelque chose que sa voisine ne fait pas correctement, elle devrait prendre juste 15-20 minutes de son temps pour inviter sa voisine avec une ou deux autres soeurs chez elle pour une réunion durant laquelle elle pourra lire quelques pages d’un livre d’un pieux prédécesseur. Ainsi, la voisine va connaitre la bonne approche d’une manière subtile et indirecte. Même si cet effort semble insignifiant, il pourra, inshaAllah, avoir un énorme impact s’il est fait régulièrement et ce durant un certain temps, tout comme le ruissellement de l’eau modifie la roche avec le temps.

En tant que femmes, nous devons aussi nous rappeler d’apprendre à nos enfants les actes de la Sounna et les duas prophétiques dès le plus jeune âge. Cela les aidera à développer leur habitude à suivre la Sunna, et nous pourrons ainsi contribuer à leur bonne éducation d’une manière pleine de sens.

Pour rendre plus efficaces nos conseils aux autres, il est toujours bon de faire des douaas avant. Chaque fois que je prends la parole dans un forum, j’accomplis deux unités de Salat al Hajah (prière du besoin) juste avant pour faire de cet effort un bénéfice pour moi ainsi que pour l’assemblée qui m’écoute.

Question : En ces temps de troubles où les divorces sont monnaie courante, y’a-t-il un conseil particulier (pour les femmes) que vous considérez important pour un mariage heureux et plein de succès ?

Épouse de MTU : Une chose que je pense vitale pour les sœurs, surtout en ces temps, est d’être sensibles aux choses que leurs maris aiment et celles qu’ils n’aiment pas. Il est connu que les femmes se font généralement belles, avec leurs plus beaux vêtements, se parfument, se maquillent et paraissent sous leur meilleur jour lorsqu’elles sortent, tandis qu’à la maison, elles portent des vêtements déchirés ou très simples, sans même être légèrement maquillées, avec les odeurs de la cuisine sur elles. Cela devrait être l’inverse, c’est-à-dire qu’en sortant dehors, les sœurs devraient s’habiller simplement avec leur voile. Cela créerait un environnement très sain.

Question : Quelle habitude de Shaykh aimez-vous le plus ?

Epouse de MTU : (en riant) Toutes ! MashaAllah. Mes proches plaisantent avec moi en disant qu’on n’a jamais vu une femme qui écoute si attentivement les paroles de son mari. Nous avons été dotés, mashaAllah, d’une merveilleuse complicité par Allah Le Très Haut. C’est le fruit du fait d’essayer de tout faire pour l’autre avec l’intention de gagner des récompenses.

Question : Qu’est-ce que Shaykh aime manger ?

Épouse de MTU : Il aime beaucoup le mouton en sauce et le daal mash (plat indien à base de lentilles).

Questions : En ces temps, nous sommes entourés de toutes sortes de vices, il y’a une véritable attaque médiatique. Pour couronner le tout, les Musulmans eux-mêmes se tournent vers des rites et pratiques non-islamiques comme par exemple celles des mariages, la non-observation du Hijab, l’extravagance, les sources illicites de revenus etc. Comment nous protéger, nous et nos enfants, dans un tel environnement et comment devons-nous inculquer la confiance en soi chez les enfants alors qu’ils nagent à contre-courant ?

Epouse de MTU : Je pense que la chose la plus importante à faire en ces temps est de garder le foyer sain et sauf. Si l’atmosphère de la maison est islamique, si les enfants y sont éduqués selon les injonctions religieuses et apprennent les bonnes et les mauvaises choses d’une manière correcte, inshaAllah, ils resteront droits à l’extérieur. Lorsque tous les membres de la maison prient régulièrement, jeunent et font du Dhikr, Allah Le Très Haut les protège des attaques de Satan. Et le rôle le plus important dans cette éducation est celui de la mère. Si la femme de la maison le veut, elle peut changer tout l’environnement de son foyer.

Lors d’une de nos visites en Angleterre, nous sommes arrivés parmi une communauté musulmane dont les enfants connaissaient plus de duaas prophétiques que beaucoup d’enfants pakistanais, dont les jeunes filles revêtaient correctement le Hijab et tous les aînés suivaient, mashaAllah, les injonctions de l’Islam y compris les prières à la mosquée et l’habillement décent et islamique.

Quand nous avons demandé comment ils pouvaient maintenir un tel mode de vie dans un environnement comme celui du Royaume Uni, ils ont simplement répondu qu’ils ont gardé l’ambiance de leurs foyers intacte. Ainsi, les enfants sont restés protégés des déviances et pressions  externes. C’est donc vraiment une question de volonté. L’Islam est praticable aujourd’hui, dans l’environnement majoritaire, comme il l’était hier. Si nous voulons le suivre avec compréhension, nous devons avoir la ferme et sincère intention de le faire. Le reste est facilité par Allah Le Très-Haut.

Question : Qu’aimeriez-vous dire aux lecteurs de notre magazine, particulièrement aux jeunes femmes qui s’informent de plus en plus sur leurs obligations religieuses mais qui font face à la pression sociale voire à de la résistance à la maison ?

Épouse de MTU : Elles devraient faire leur maximum pour assister aux rassemblements religieux et lire des livres des pieux prédécesseurs. Plus elles le feront, plus leur processus de transformation sera facile et rapide, inshaAllah. Si une sœur décide d’apporter des changements dans sa vie et reste constante et résolue, personne ne pourra se mettre sur son chemin. Ainsi, les membres de son foyer vont remarquer petit à petit les changements positifs en elle et vont tous se mettre à suivre le mode de vie islamique complet, inshaAllah.

Qu’Allah vous récompense pour votre temps et pour partager avec nous vos précieux avis.

Source: http://www.daruliftaa.com