Al ‘Aqida Nasafiyya est probablement le plus connu et le plus étudié des mutûn de ‘aqida Maturidite, voir de tous les traités de croyance musulmane. Bien qu’ayant été écrit dans une période qui a connu de grands théologiens comme Abou Hamid al Ghazali et Fakhr al Din al Razi, la Nasafiyya a reçu plus d’études et de commentaires que n’importe quel ouvrage de ces grands auteurs.

Par l’Imam Najmuddīn Abū Ḥafs Umar ibn Muḥammad ibn Aḥmad al-Nasafī. (m. 537H).


Au Nom d’Allah le Clément le Miséricordieux.

Les Gens de la Vérité (Ahl al-Haqq), par opposition aux sophistes (sufista’iyya) disent: La réalité des choses est indiscutable et la connaissance de leur réalité est vérifiable.

Les sources de la connaissance pour l’humanité sont trois:

1)Les Sens Fiables (al-ḥawās al-salīma)
2)La Narration Véridique (al-khabar al-ṣādiq)
3)La Raison (‘aql ).

1) Les Sens sont au nombre de cinq: l’Ouïe, la Vue, l’Odorat, le Goût et le Toucher. Et à travers chacun de ces sens, l’homme est informé sur le domaine précis auquel il est voué.

2) La Narration Véridique est de deux types:

a) L’un des deux est al-khabar al-mutawātir, et il s’agit de la narration qui a été rapportée par la langue d’un grand nombre de gens au sujet desquels il est inconcevable qu’ils aient fomenté un mensonge.

Ce type de narration donne une connaissance nécessaire (al-‘ilm al-darūrī ), comme celle des rois défunts des temps anciens, ou celle des pays lointains.

b) Le second type est une narration d’un Messager appuyée par des miracles.

Ce type de narration donne une connaissance déduite (al-‘ilm al-istidlali). La connaissance qu’il établit ressemble à celle établie par nécessité en termes de certitude et de solidité.

3) Quant à la Raison, elle est également une source de connaissance. Tout ce qu’elle établit par la voie de déduction immédiate (badīha), est nécessaire, comme par exemple la connaissance que toute chose est plus grande qu’une partie d’elle même.

Et tout ce qui est établi par déduction est acquis (iktisābī).

L’inspiration (ilhām ) ne fait pas partie des sources de connaissance en ce qui concerne la validité des choses, selon les Gens de la Vérité.

Le monde, ainsi que toutes ses constituantes, est créé, en cela qu’il est composé de Substances (‘ayan) et d’Attributs (a’rad).

1) Les Substances sont ce qui a une existence propre, et qui peuvent être composés, c’est à dire un corps (jism), ou non composés, c’est à dire un atome (jawhar), qui est l’élément qui ne peut être divisé.

2) Un Accident est ce qui n’a pas d’existence propre, mais qui est créé dans un corps ou dans un atome, comme les couleurs, les conditions, les goûts et les odeurs.

Le Créateur du monde est Allah subhanahu, l’Unique, l’Eternel, le Vivant, le Tout-Puissant, le Savant, l’Audiant, le Voyant, le Voulant, le Décideur;

Il n’est ni un accident, ni un corps, ni un atome, ni [une entité] formée, ni [une entité] limitée, ni [une entité] dénombrée, ni [une entité] composée, ni [une entité] divisée; et Il n’a pas de fin;

Il n’est pas décrit par la quiddité (al mahiya) ni par la modalité (al kayfiyya);

Il n’existe pas dans un endroit (makan) , et Il n’est pas affecté par le temps (zaman);

Rien ne Lui ressemble;

Rien n’est en dehors de Sa Science ni de Son Pouvoir.

Il a des Attributs éternels qui subsistent en Son Essence; qui ne sont pas Lui et ne sont pas autres que Lui.

Ils sont: la Science (al ‘Ilm), la Puissance (al Qudra), la Vie (al Hayat), la Force (al Quwa), l’Ouïe (al Sam’), la Vue (al Basar), le Décret (al mashi’a), la Volonté (al Irada), l’Acte (al Fi’l), la Création (al Takhliq), la Sustentation (al tazriq) et la Parole (al kalam).

Il parle d’une Parole qui est Son Attribut éternel, qui n’est pas composée de lettres et de mots. C’est un attribut contraire au silence et à la faiblesse.

Allah subhanahu, parle par elle; commandant, interdisant et informant.

Le Qur’an est la Parole incréé d’Allah (Kalam Allah) exalté soit-Il.

Il est écrit dans nos copies, préservé dans nos cœurs, récité par nos langues, entendu par nos oreilles, mais ne réside [n’est contenu] dans rien de tout cela.

La Création (takwim) est un attribut éternel d’Allah.

C’est le fait qu’Allah crée le monde et tout ce qu’il contient qui n’est pas éternel, mais qui date du début de son existence selon Sa Science et Sa volonté. Selon nous, [l’Attribut] de création n’est pas créé.

La Volonté est un attribut éternel d’Allah, résidant en Son Essence.

La Vision d’Allah subhanahu est admise par la raison et établie par transmission (naql).

Les preuves traditionnelles qui nous sont parvenues affirment la vision d’Allah par les croyants dans la demeure de l’Au-delà; et Il n’est pas vu dans un endroit, ni dans une direction à laquelle on ferait face, par le croisement de rayons lumineux, ni à une distance donnée entre Allah et celui qui voit.

Allah subhanahu est le Créateur des actes, des créatures, tous leurs actes, qu’ils soient de mécréance ou de foi, d’obéissance ou de rébellion. Ils sont tous conformes à Sa Volonté, Son Souhait, Son Jugement, Sa Décision et Son Décret.

Les créatures ont des actions qu’elles choisissent, pour lesquelles elles sont récompensées ou punies. Les bonnes actions sont selon l’Agrément d’Allah et les mauvaises ne sont pas selon Son Agrément.

La capacité [d’effectuer l’action] accompagne l’action, et c’est l’actualisation d’une puissance par laquelle l’action peut avoir lieu. Et ce nom (capacité) s’applique à la validité des moyens, des instruments ou des membres. La validité de la responsabilité (taklif) est basée sur cette capacité. Et la créature n’a pas de responsabilité sur ce qui est hors de sa capacité.

Toute douleur ressentie par celui qui est battu par un homme, et le bris du verre résultant du fait qu’il ait été cassé par un homme, et les autres choses semblables, tout est créé par Allah. La créature n’a aucune part à la création.

La personne assassinée meurt du fait que son temps est arrivé à son terme fixé, et il n’y a qu’un seul terme fixé.

La chose interdite fait tout de même partie de la Subsistance allouée (rizq). Chacun acquiert sa propre Subsistance qu’elle soit permise ou interdite. Il ne doit pas être imaginé qu’un homme consomme autre chose que sa propre Subsistance, ou qu’il consume celle d’un autre.

Allah guide qui Il veut et égare qui Il veut.

Et Allah n’est pas contraint de faire ce qui est le meilleur pour les créatures.

Le tourment de la tombe est pour les mécréants et pour certains pêcheurs parmi les croyants.

Les délices des serviteurs obéissants dans la tombe sont selon la Science et la Volonté d’Allah.

L’interrogatoire de Munkar et Nakir est prouvé par les preuves textuelles.

La Résurrection est une réalité, la Pesée des âmes est une réalité, le Livre est une réalité, la Reddition des Comptes est une réalité, le Bassin est une réalité, le Pont est une réalité, le Jardin est une réalité et le Feu est une réalité. Ces deux derniers sont créés, existants, et persistants, ils ne disparaîtront pas, et leurs résidents non plus.

Le Péché Majeur ne fait pas sortir la créature croyante de la foi, et ne le fait pas entrer dans la mécréance.
Allah ne pardonne pas qu’on Lui attribue des associés, mais Il pardonne [ce qu’Il veut] à part cela pour qui Il veut, parmi les péchés Majeurs et Mineurs.

Le Châtiment est possible pour le péché Mineur, et la rémission est possible pour le péché Majeur, si ce n’est celui de déclarer licite [ce qui est illicite] car cela est de la mécréance.

L’intercession est établie pour les Messagers et les Nobles en faveur de ceux qui commirent les péchés Majeurs.

Ceux qui ont commis des péchés Majeurs parmi les croyants ne resteront pas éternellement dans le Feu.

La foi est: l’acceptation de ce qui vient d’Allah et la soumission à cela.

Vis à vis des actes, ils augmentent les uns par rapport aux autres, mais la Foi n’augmente pas et ne baisse pas.
La Foi (Iman) et la Soumission (Islam) ne font qu’un.

Quand l’assentiment et la confession se trouvent dans une seule et même créature, il est correcte pour elle de dire: « Je suis vraiment un croyant. », et il n’est pas correct pour lui de dire: « Je suis un croyant si Allah le veut. »

Le chanceux devient parfois malchanceux, et le malchanceux devient parfois chanceux. L’altération se passe au niveau de la fortune ou de l’infortune, non dans le fait de créer sa fortune ou créer son infortune. Car il s’agit d’attribut d’Allah et il n’y a pas d’altération pour Allah ni dans Ses attributs.

Il y a une sagesse dans l’envoi des Messagers.

Allah a envoyé des Messagers de chair pour la chair, donneurs de bonnes nouvelles et d’avertissements, clarifiant aux gens ce dont ils ont besoin, et cela dans les affaires profanes et les affaires divines.

Il les a renforcés par des miracles qui contrarient l’ordre de la nature.

Le premier des Prophètes est Adam, paix sur lui, et le dernier d’entre eux est Muhammad, salallahu ‘alaihi wa salam.

La mention de leur nombre a été rapportée dans certains Hadiths, mais il est plus sûr de ne pas se limiter à un nombre spécifique, car Allah a dit : « Parmi eux il y a ceux dont nous avons fait mention. Allah t’a informé de certains d’entre eux et d’autres Il ne t’en a pas informé. » Il n’y a donc nulle sécurité à dire qui est inclus dans leur nombre et qui en est exclu.

Ils sont tous des donneurs de nouvelles, des missionnaires d’Allah, des conseillers fiables. Le plus excellent des Prophètes, paix sur eux, est Muhammad salallahu ‘alaihi wa salam.

Les Anges sont des serviteurs d’Allah, œuvrant selon Son commandement. Ils ne sont pas qualifiés par la masculinité ni par la féminité.

Allah a des Livres qu’il a révélés à Ses Prophètes. Allah détaille en eux Ses commandements, Ses interdictions, Sa promesse et Son avertissement.

L’Ascension (Mi’raj) du Messager d’Allah, en état de veille, avec sa personne [physique] au Ciel, et après cela en tout lieu Elevé qu’Allah a voulu, est une réalité.

Les charismes (karamat) des Saints sont une réalité. Un charisme pour le Saint apparaît comme une chose contraire à la nature : la traversée d’une longe distance en un court laps de temps, l’apparition de nourriture, boisson ou habits, marcher sur l’eau ou dans les airs, parler à l’inanimé et à la bête, l’éloignement d’un mal qui approche, la protection du faible de ses ennemis, et d’autres chose semblables.

C’est un miracle (mu’jiza) attribuable au Messager de la nation (Ummah) de celui pour qui le charisme (karama) est apparu, parce qu’il devient par cela évident qu’il est un Saint, et il ne serait jamais un Saint s’il n’était pas véridique dans sa religion, et sa religion est la soumission au Message du Messager.

Les plus excellents de l’humanité après notre Prophète salallahu ‘alaihi wa salam [et les autres prophètes] est Abū Bakr al-Ṣiddīq (le Véridique), puis ‘Umar al-Fārūq (le Doué de Discernement), puis ‘Uthmān Dhū’ al-Nūrayn (Celui aux Deux Lumières), puis Alī al-Murtaḍā (le Satisfait). Leur califat fut en fonction de cet ordre.

Le Califat dura trente ans, puis vinrent les royaumes et les émirats.

Pour les musulmans, un dirigeant (Imam) est indispensable, qui travaille à l’application des commandements qui leur incombe, maintenir leurs frontières, sécuriser leurs ports, équiper leurs armées, recevoir leurs dons, vaincre le menaçant, le voleur et le brigand, maintenir la Prière du Vendredi et les ‘Aid, éliminer les disputes entre les créatures, s’assurer de l’admissibilité des preuves produites pour les jugements, marier les mineurs (et les mineurs sont ceux qui n’ont pas de tuteur) et la distribution des prises de guerre.

Ainsi, il est nécessaire que ce dirigeant soit visible, et non caché ou attendu, et qu’il soit de la tribu de Quraysh, il n’est pas permis qu’il soit d’une autre, et il n’est pas spécifié qu’il faille qu’il soit des Banu Hashim.

Il n’est pas stipulé qu’il doit être infaillible, ni qu’il soit le plus excellent de son temps, mais il est stipulé qu’il soit parmi ceux qui ont une autorité incontestée, un homme d’état avec la capacité de faire appliquer les décrets, de protéger les frontières de l’Etat Musulman (Dar al-Islam) et l’application du droit de l’oppressé contre son oppresseur.

Le dirigeant n’est pas démis de ses fonctions pour cause d’immoralité ni de tyrannie.

La mention des Compagnons (Sahaba) ne doit être faite qu’en bien.

Nous témoignons en faveur de Dix Promis (al-Asharat al-Mubashshara) en faveur de qui le Prophète salallahu ‘alaihi wa salam a donné la Bonne Nouvelle (du Paradis).

Nous approuvons l’essuyage des khuffs pendant le voyage comme pendant la résidence.
Nous n’interdisons pas la consommation de l’hydromel (nabidh) de dattes.

Les Saints n’atteignent pas le degré des Prophètes et nulle créature ne peut atteindre un degré où les commandements et les interdits ne s’appliquent plus à elle.

Les textes [clairs] (nusus) sont interprétés selon leur sens apparent et leur délaissement au profit des interprétations comme le voudraient les ésotéristes (Ahl al-Batin) est de l’apostasie.
Le rejet des textes est de la mécréance, la légalisation du péché (istihlal) est de la mécréance, et être satisfait du péché est de la mécréance, la dérision de la Loi (shari’a) est de la mécréance, chercher protection contre Allah est de la mécréance, désespérer d’Allah est de la mécréance, et approuver le voyant dans ce qu’il rapporte de l’Inconnaissable est de la mécréance.

Le non-existant n’est rien.

Allah exauce les prières et pourvoit aux besoins.

Tout ce que le Prophète a rapporté concernant les présages de l’Heure, sur l’émergence du Dajjal, de la Bête de la Terre (dabbat al-ard), Gog et Magog (Yajuj wa Majuj), la descente de ‘Issa, ‘alaihi wa salam, des cieux et le lever du soleil depuis le couchant, est une réalité.

Le Juriste Eminent (mujtahid) se trompe parfois, et atteint son but d’autres fois.

Les Messagers de l’Humanité sont meilleurs que les Messagers des anges, les Messagers des Anges sont meilleurs que le commun des hommes, et le commun des hommes est meilleur que le commun des anges.


Sources :

http://www.islam-sunnite.com/

http://www.aslama.com/forums/showthread.php/24081-al-Aqida-Nasafiyya-trait%C3%A9-Maturidite