Lorsque le Messager d’Allah (que Le Salut et La Paix d’Allâh soient sur lui) retourna à son Seigneur, sa famille bénie était occupée à préparer les funérailles. La nouvelle provoqua un début de conflit dans la ville de Médine: les Ansârs (compagnons originaires de Médine) se retrouvèrent alors pour l’élection d’un successeur au Prophète et avaient l’intention de désigner Saad Ibn Oubada comme Calife. La nouvelle ne manqua pas d’inquiéter les Mouhâjiroun (Compagnons originaires de la Mecque) avec Abu Bakr et ‘Umar (qu’Allah soit satisfait d’eux) à leur tête. Ces derniers partirent donc rejoindre les Ansârs pour les raisonner et leur rappeler le danger de voir la Oumma divisée ainsi que l’importance que représentaient les Quraïch (Clan du prophète) pour les arabes. Suite à cet échange, Abu Bakr fut désigné Calife.

Cette décision toucha la famille du Prophète (que Le Salut et La Paix d’Allâh soient sur lui) et notamment Ali (qu’Allah ennoblisse son visage) qui aurait aimé être consulté avec sa famille pour cette question. La quasi-totalité des compagnons prêtèrent serment à Abu Bakr sauf Ali et Fatima (que la paix soit sur eux), en colère contre le Calife pour un désaccord concernant la terre de Fadak que Fatima (que la paix soit sur elle) considérait comme un don et que Abu Bakr considérait comme un héritage du Prophète (que Le Salut et La Paix d’Allâh soient sur lui). Puis à la mort de Fatima (que la paix soit sur elle) 6 mois plus tard les Banni Hachim (tribu du Prophète) avec Ali a leur tête prêtèrent serment à Abu Bakr.

Plus tard, ‘Umar sera désigné Calife lorsque Allah ta’ala rappela son serviteur Abu Bakr à Lui. Jusque-là, il n’y avait aucun conflit entre les gouverneurs et Ahlul Bayt (la famille du Prophète), ni aucune division au sein de la Oumma. Les premiers conflits et fitan apparaîtront durant le Califat de ‘Othman (qu’Allah soit satisfait de lui). En effet, ‘Umar fut assassiné de façon tragique pendant la prière collective par Abu Lu’lu’ah (qu’Allah le maudisse), obligeant la Oumma à choisir ‘Othman comme nouveau Calife. Durant le Califat de ‘Othman, beaucoup de personnes mal intentionnées cherchèrent à le renverser. Il finit à son tour par être assassiné dans sa maison par un groupe rebelle venu de l’extérieur de Medine. Des lettres faussement attribuées à notre mère Aïcha (qu’Allah soit satisfait d’elle) appelant à assassiner le Calife ‘Othman ont également joué un rôle dans cet assassinat.

Suite à ce tragique événement, Ali (qu’Allah ennoblisse son visage) prit la relève du Califat mais par sagesse, il ne chercha pas d’abord à punir les assassins qui se cachaient dans son armée. Ces nouvelles ne tardèrent pas à créer une confusion chez certains compagnons du Prophète (que Le Salut et La Paix d’Allâh soient sur lui). C’est cette même confusion qui poussa Mu’awiyah à s’opposer à Ali, lui reprochant de ne pas venger la mort d’Othman alors que ses assassins se trouvaient dans sa propre armée. Au fil du temps, Mu’awiyah se mit à réclamer le Califat. Mu’awiyah et Ali, incapables de trouver un terrain d’entente, désignèrent des arbitres pour mettre fin au conflit. C’est à ce moment-là qu’apparut la secte des Kharidjites qui, s’appuyant sur une interprétation strictement littérale et biaisée du Coran, reprochèrent aux deux parties d’avoir eu recours à l’arbitrage qui selon eux ne revient qu’à Allah. Ils déclarèrent ainsi les deux partis mécréants et se rebellèrent contre Ali.

Se pose alors naturellement la question: où se situaient les compagnons du Prophète (que Le Salut et La Paix d’Allâh soient sur lui) parmi ces groupes ? Réponse: la majorité d’entre eux étaient partisans d’Ali, d’autres étaient partisans de Mu’awiya et d’autres sont restés neutres.

En réalité, il faut distinguer deux types de Chiisme (les partisans de Ali) : celui des compagnons et celui de certains fauteurs de trouble, c’est la deuxième vision du Chiisme, qui sous l’impulsion de ces fauteurs de troubles deviendra plus tard le Chiisme que l’on connaît aujourd’hui. Plus tard, Ali sera à son tour assassiné par les Kharidjites pendant qu’il dirigeait la prière. Mu’awiya proclama alors son califat (qui deviendra un Califat héréditaire) et déplacera la capitale de Medine vers le Shâm, ce qui donna naissance au Califat Ommayade.

Durant la gouvernance des Ommayades, de nouvelles lois répressives apparurent : toute personne prônant de l’amour de manière prononcée pour Ali et la famille du Prophète (que Le Salut et La Paix d’Allâh soient sur lui) sera marginalisée voir condamnée à mort. De même, une des conditions pour être un Imam respecté du gouvernement était de maudire Ali (qu’Allah ennoblisse son visage) sur le minbar … Les Ommayades espéraient ainsi garder leur trône car la majorité de la Oumma soutenait les descendants du Prophète et donc de Ali pour le Califat. S’en suivit pendant une longue période une véritable propagande afin d’amoindrir l’importance et l’amour pour la famille du Prophète, propagande dont les conséquences sont encore visibles aujourd’hui.

Des années plus tard, d’autres sectes et tendances apparurent. Cependant, celles-ci ne naquirent pas pour des raisons politiques, mais par un égarement et une mauvaise compréhension de la part de leur fondateur:

AL QADARIYA : La pensée des Qadirites consiste à nier le destin et à dire que la créature crée son acte par elle-même, alors que croire au destin fait partie intégrante de la foi islamique. Cette secte a été fondée par Mahbad Ibn Khalid Al Jouhani qui enseigna sa croyance à son élève Raylan Ad-Dimashki. Cela finit par disparaître après l’assassinat de ce dernier, l’idéologie par contre restera.

AL MU’TAZILA : Le Mu’tazilisme fut fondé par Wâsil Ibn ‘Atâ, qui était un grand savant de l’islam aux premiers temps de sa vie et expert dans la langue arabe. Il était également élève de l’Imam Al Hassan Al Basri (qu’Allah soit satisfait de lui). A leur époque, il y avait un grand débat : Le grand péché rend il mécréant ? Wâsil dira à ce sujet : «J’affirme que l’auteur d’une faute grave n’est pas absolument croyant, mais qu’il est dans une situation intermédiaire (entre la croyance et la mécréance)». Entendant cela l’Imam Al Hassan Al Basri lui dira « i’tizal » (quitte l’assemblée), c’est de ce mot que vient « Al Mu’tazila ». Il quitta donc l’assise avec ‘Amr Ibn Ubayd, celui-ci enseignera cette croyance par la suite à son élève Khalid Ibn Othman At-Tawil. Aux premiers temps, les Mu’tazilites se sont auto proclamés « Ahl at-Tawhid » car ils ne font pas la différence entre Allah et Ses attributs (pour eux Allah sait par Lui-même, il n’a pas besoin d’avoir l’attribut du savoir).

A partir de 135 de l’Hégire, les Abbassides massacrèrent la famille Ommayade et s’emparèrent du pouvoir: le Calife Al Ma’moun fit d’Al Mu’tazila la doctrine officielle de l’état. Khalid Ibn Othman At-Tawil avait un élève appelé Abul Hudail Al ‘Alaf qui était le Shaikh d’Abu Yacoub Ach-Chaham. Ces derniers avaient un élève appelé Abu Ali Al Jubai’, le Shaikh de l’Imam Abul Hassan Al Ash’ari (260-324). L’élève de l’Imam Al Ash’ari, Abul Hassan Ibn Al Mahdi nous rapporte que l’Imam Al Ash’ari maîtrisait toutes les sciences. Il était l’élève de Abu Al Abbas Ibn Suraij (Mujaddid du 3ème siècle) et qui est également la plus grande référence de l’école Shafiite. Il a également appris la science auprès des élèves de l’imam Ash-Shafi’iL’Imam Al Ash’ari était Mu’tazilite aux premiers temps de sa vie mais a reconnu l’égarement de cette voie et a fait at-Tawba (le repentir). Il deviendra par la suite un des plus grands défenseurs de la croyance des Ahl Us Sunna Wal Jama’ah, ses enseignements sous l’impulsion de ses élèves finiront même par faire disparaître la croyance d’Al Mu’tazila. L’Imam Al Ash’ari est un salaf (pieux prédécesseur) qui a simplement mis en place une méthodologie pour comprendre, enseigner et protéger la croyance des musulmans, notamment contre l’hérésie Mu’tazilite. L’Imam Al Ash’ari a simplement repris la croyance sunnite qui existait avant lui et en a fait une science, comme l’ont fait les fondateurs des quatre écoles pour le fiqh. La preuve de cela c’est que tous les sunnites de son époque se sont rangés derrière lui, et à partir de lui les sunnites ont porté son nom (Les Ash’arites) car il était celui qui a fait triompher le sunnisme contre le Mu’tazilisme.

A la même époque, dans la région de Khorassan se trouvait un autre grand savant : l’Imam Abul Mansour Al Mâturîdi (248-333). Parmi ses livres célèbres nous avons : Makaalat Al Islamiyin, Tafsir Al Matouridi et Kitab At-Tawhid. Son école de croyance est appelée l’école « Mâturidîte » et également  »Al ‘Aqida Al Hanafiyya » car Abul Mansour Al Mâturîdi n’est que le transmetteur de la croyance de l’Imam Abu Hanifa (qu’Allah soit satisfait de lui) et de son livre Al Fiqh Al Akbar. De la même manière les sunnites Hanafites ont porté son nom (Les Mâturidîtes) à partir de lui. Les deux Imams : Al Ash’ari et Al Mâturîdi n’ont rien fondé, ils ont tout simplement argumenté la croyance héritée du Prophète (que la paix soit sur elle). Il ne faut pas se laisser tromper par la malhonnêteté de certains en cette époque, qui, cherchant à jouer sur les mots « Ash’arite » et « Mâturîdite », trompent certains débutants en faisant passer la croyance sunnite pour une croyance égarée. Ces deux écoles ne portent que les noms des grands Imams qui ont argumenté la croyance du Prophète (que la paix soit sur elle) et qui ont toujours fait unanimité dans toute l’histoire de l’Islam. Ainsi, les deux Imams disaient et propageaient exactement la même croyance à quelques détails près, et ce alors qu’ils ne se sont jamais vus et qu’ils n’ont jamais quitté leur région d’origine. Ahl Us Sunna Wal Jama’ah se sont rangés derrière ces deux Imams : les Hanafites derrière l’Imam Al Mâturîdi (car celui-ci est non seulement le savant des régions dominées par l’école Hanafite mais aussi et surtout parce que celui-ci est le transmetteur de la croyance de l’Imam Abu Hanifa) et les autres écoles derrière l’Imam Al Ash’ari (sauf une partie des Hanbalites). Ceci qui prouve une fois de plus que la croyance de ces deux Imams est la croyance de la quasi-totalité de la Oumma de tout temps et qu’elle est la croyance du Prophète (que la paix soit sur elle).

En effet, personne mis à part les sectes mentionnées plus haut n’a remis en cause ces deux Imams, leur croyance a toujours fait l’unanimité parmi la Oumma depuis les premiers siècles de l’islam et la quasi-totalité de la Oumma encore aujourd’hui suit une de ces deux écoles dans la croyance.

Ce n’est que très récemment que de nouvelles tendances et groupes réformistes comme le Wahhabisme/Salafisme cherchent à redéfinir la croyance, en la reconstruisant selon leur propre conception de l’Islam, conception qui n’a jamais existé avant leur triste apparition. Les Wahhabites, qui se font appelés Salafis, constituent un nouveau groupe qui est apparu lors des deux derniers siècles et qui a certaines croyances contraires à celles d’ Ahl as-Sunna wal-Jama’a. En réalité, leur croyance et leurs pratiques sont en contradiction avec celles des Salafs qu’ils prétendent pourtant suivre. Fondé par Muhammad Ibn Abdel Wahhab au 18 eme siècle avec l’appui de la famille Saoud et inspiré par des avis marginaux, ils ne doivent leur succès politique qu’au soutien de l’empire britannique (et aujourd’hui des États-unis) à la famille Saoud. La grande majorité de la Oumma partout dans le monde, dont les quatre écoles sunnites ont condamné le Wahhabisme dès son apparition (dont le le propre frère d’Ibn Abdel Wahhab !). Les occidentaux ont toujours soutenu ce mouvement notamment pour s’en servir afin d’affaiblir encore plus le Califat Ottoman et avoir la main mise sur le moyen orient. Ce n’est que récemment que leur idéologie se répand partout dans le monde à cause des ressources considérables obtenues grâce au pétrole et à cause de l’ignorance des musulmans de leur histoire et de la richesse scientifique de l’islam.